Ces deux noms retentirent dans la bouche de la grande Mélite comme deux sons de clairon.

Mathilde, que le mot roman à vingt centimes avait désarçonnée, s’inclina en silence. Elle essaya de se rendre utile en dépliant le châle boiteux de sa suzeraine, qui jetait à sa glace un orgueilleux regard.

—Ferai-je avancer une voiture? demanda-t-elle.

—Il n’est pas besoin, répondit la grande Mélite en style noble.

Son doigt montrait, par la croisée de sa chambre à coucher, un équipage arrêté de l’autre côté de la grille.

Philomène était prête. On descendit triomphalement l’escalier au moment où la cloche rappelait les élèves à l’étude. Rien ne put empêcher les grandes, les moyennes et les petites de traverser le vestibule et de se mettre en rang sur le perron pour assister au départ de mesdames.

Toutes les puissances de ce monde aiment à voir leur peuple former la haie. Philomène sourit avec douceur; Mélite daigna caresser deux ou trois mentons en passant.

La porte de la grille s’ouvrit.

On put reconnaître, sur les panneaux de l’équipage, l’écusson de madame la marquise de Sainte-Croix. Il y avait quelqu’un dedans. Tous les regards s’aiguisèrent. C’était un jeune homme,—un beau jeune homme en habit noir et ganté de blanc. Son visage disparaissait un peu dans l’ombre.

Mais, quand il descendit pour offrir la main aux demoiselles Géran, dix voix s’élevèrent pour prononcer son nom;—ce qui prouvait à quel point grandes, moyennes et petites savaient le menu de la chronique.