—Suis-je bien habillée, mon enfant?

—Vous avez une toilette ravissante, répondit Mathilde.

Elles font, les infortunées, un effrayant abus de ces mots-là.

—Il est fort heureux, dit Mélite avec une pointe de dédain,—que je sois à votre gré, ma toute belle. Dieu merci, je m’occupe fort peu de ces frivolités. Ce sont là des triomphes misérables et trop faciles... Veuillez m’écouter très-attentivement... Ma sœur et moi nous nous absentons ce soir; c’est la première fois depuis bien des années, et vous devinerez—car vous n’êtes pas sans intelligence—que nous avons pour cela des motifs d’une haute gravité... Il est des cas où l’on doit savoir rompre avec ses habitudes, même les meilleures, pour aider au bien ou pour prévenir le mal...

—C’est donc vrai, mademoiselle, dit étourdiment Mathilde,—ce qu’on raconte sur la pauvre Césarine?...

La grande Mélite n’eut besoin que d’un regard pour la foudroyer.

—Mademoiselle Césarine de Mersanz sort de la pension Géran! prononça-t-elle avec emphase, tandis que Philomène approuvait du geste en nouant les rubans de son humble chapeau noir.

Cette réponse, paraîtrait-il, suffisait à tout; car mademoiselle Mathilde baissa les yeux et resta muette.

La grande Mélite continua, en découvrant un très-majestueux chapeau de velours qui avait, ma foi, une plume:

—Je ne vous dirai pas, mon enfant, que je vous laisse une grave responsabilité. Je hais l’exagération. La pension Géran est, Dieu merci, organisée de telle sorte, qu’elle pourrait marcher longtemps d’elle-même... Cependant, veillez... Laissez vos romans à vingt centimes, tranquilles jusqu’à notre retour... Vous voyez que je sais tout... S’il se passait quelque chose d’imprévu qui nécessitât impérieusement notre présence, nous dînons à l’hôtel de Sainte-Croix et nous passons la soirée à l’hôtel de Mersanz.