A la suite de son entretien avec Clérambault, Léon Rodelet sortit de l’hôtel de Sainte-Croix. Vous l’eussiez rencontré seul dans les rues désertes du faubourg Saint-Germain. Il était très-pâle, et ses mains froides touchaient souvent son front qui brûlait. Il allait chancelant comme un homme ivre.
Les deux demoiselles Géran, au contraire, paraissaient très-contentes d’elles-mêmes et de leurs hôtes. Les dernières paroles prononcées tombèrent avec aménité de la bouche de Philomène, qui dit, résumant sans doute la conférence tout entière:
—Du moment qu’il s’agit de régulariser la position de toute une famille, il n’y a pas à hésiter.
La marquise tendit ses deux mains. Mélite et Philomène, fort honorées, les pressèrent. C’étaient désormais deux héroïnes allant à la croisade des positions à régulariser. La conscience de leur dévouement les transfigurait.
Elles voyaient la vie en rose,—et dix-sept petites demoiselles qui venaient remplir les dix-sept lits vides...
Les préparatifs de cette fête, destinée à célébrer la rentrée de Césarine de Mersanz sous le toit paternel, étaient depuis longtemps déjà le soin le plus cher de Béatrice. L’idée venait d’elle-même. Son excellent cœur, qui s’élançait passionnément vers la fille de son mari, trouvait chaque jour un plaisir nouveau à s’occuper de ces détails.
C’était d’abord une surprise qu’on avait dû faire à Césarine.—Sans mauvaise intention aucune, le comte Achille avait vendu le secret, un jour qu’il s’était rendu seul à la pension Géran.
Il avait omis de faire mention de Béatrice.
Parlons plus vrai: il avait évité de prononcer le nom de Béatrice, parce que mademoiselle Maxence de Sainte-Croix était au parloir avec sa mère.
Pour un empire, le comte Achille n’aurait pas prononcé le nom de Béatrice devant Maxence.