Elle était la plus belle.—Là-bas, parmi cette verdure du jardin Géran, sous les gais rayons du soleil matinier, nous avons pu établir entre nos deux héroïnes un parallèle où mademoiselle de Mersanz n’avait pas le désavantage. Césarine, cher bouton de rose, perlé par la rosée, était bien une fille du matin.
Maxence était la fille de la nuit,—de la nuit radieuse où mille feux s’épandent et se croisent. Ses yeux profonds semblaient absorber tous ces éblouissements; son teint mat, aux roses et splendides reflets, buvait la lumière.
Il y avait sur son front de seize ans je ne sais quel fardeau de fatalité qui la paraît hautement comme la couronne d’une reine.
Quand un rayon passait dans ses cheveux noirs aux fauves échappées, où courait un mince rang de corail, vous eussiez dit une flamme mystérieuse. Les longs cils de sa paupière recouvraient une pensée étrange et peut-être tragique. L’admiration qu’elle faisait naître s’accompagnait de souffrance. C’était ce sentiment impossible à définir que suscite la perception de l’immensité dans la nature et dans l’art.
Cela plaît. C’est trop peu dire: cela exalte;—mais l’âme se replie comme si elle avait peur.
Une heure après la fête commencée, Maxence était illustre parmi les hôtes de M. de Mersanz. On la montrait aux nouveaux venus comme la maîtresse perle du vivant écrin qui miroitait dans les salons. Elle était le principal attrait, la principale curiosité de l’assemblée. Elle était la lionne, s’il est permis de prononcer encore ce mot, tombé dans le domaine ultra-vulgaire.
Et ce qui la faisait lionne, ce n’était pas seulement sa merveilleuse beauté. Sa merveilleuse beauté n’eût excité que l’étonnement, l’admiration, l’amour ou la jalousie.
Il y avait autre chose que cela dans l’impression produite par elle.
Osons le répéter, il y avait de l’effroi.
Des bruits couraient, des rumeurs, semées à dessein peut-être, circulaient de salon en salon.