Cela se termine par un double bâillement et par cette plainte sacramentelle:

—Où sont donc ces messieurs?

Ces messieurs, hélas! un groupe composé de toutes les admirations de mademoiselle Dorothée et de mademoiselle Juliette, une constellation où brillent tous les héros de ces mille romans que rêvent leurs heures ennuyées. Ces messieurs! douze ou quinze vainqueurs,—et pas un mari!

Où sont donc ces messieurs? Soit bizarrerie de goût, soit suprême bonté de cœur, si vous faites danser mademoiselle Juliette ou mademoiselle Dorothée, vous entendrez cette question pleine de mélancolique impertinence:

—Où sont ces messieurs?

Ces messieurs sont toujours au même endroit, croyez-le bien. Alfred de Lansac est au jeu, où il perd; Maxime de Beaumont aussi, André d’Orange également. Le comte Achille a établi quelque part un fumoir tout exprès pour M. de Grévy, le mari myope et volage de la charmante vicomtesse; pour Fauvel, l’heureux poëte à qui les plus mauvais opéras de salon coûtent à peine six mois de travail; pour Montmorin, pour le bel Aymar de Quelquechose,—rédacteur apprécié du Journal des Demoiselles,—pour Frémiaux, le maquignon fashionable, et autres sultans d’égale importance, tous faisant partie du groupe sidéral: CES MESSIEURS.

Même Frémiaux,—surtout Frémiaux. Le cheval étant, au dire de Buffon, un noble animal, anoblit tous ceux qui savent gagner cinquante mille écus par an dans une écurie.

Dans les songes maternels de madame la baronne du Tresnoy, les quines que l’on peut gagner à la loterie du monde ont parfois la figure busquée, les cheveux blonds crépus, les larges épaules et le lorgnon d’or de Frémiaux.

Personne ne s’indignerait si demain ce bon garçon mettait sur ses cartes: «M. de Frémiaux.» On s’y attend. Ce serait de sa part un acte courtois; cela prouverait qu’il ne dédaigne pas la particule.

Procédons par l’absurde, comme en géométrie. Supposons qu’il épouse, un vilain jour, mademoiselle Dorothée ou mademoiselle Juliette. Dans vingt ans, vos neveux pourront coudoyer de petits vicomtes de Frémiaux, dont les aïeux faisaient mieux que combattre les Anglais, puisqu’ils les vendaient,—et fort cher.