Le monde ira danser demain chez don Juan, divorcé malgré la loi, fallût-il pour cela passer devant le pauvre corbillard qui conduit la vraie femme de don Juan au cimetière!

J’ai vu cela. J’ai entendu bourdonner autour de mes oreilles ce barbarisme imbécile: régulariser une position. J’ai vu les hordes en cravates blanches et en dentelles protéger un gros homme moustachu,—fort comme trois lutteurs du château de la Savate,—contre une pauvre sainte qui se mourait.

J’ai suivi le cercueil, moi tout seul, derrière la mère en larmes.

Elle avait tant souffert ici-bas, que ce deuil était comme une joie. La mère et moi, nous fêtions silencieusement la délivrance. Quand la terre eut tombé, pelle à pelle, sur la bière sourde, la mère sécha ses pleurs et dit: «Tant mieux pour elle!»

Elle était vieille, et je la vois encore partir en chancelant comme une femme ivre.

Sa fille était le dernier battement de son cœur.

L’homme moustachu, cédant à de bons conseils, avait ouvert cette tombe et régularisé cette position. Il était, je crois, vicomte de Bourse, et là-bas on ne transige pas avec l’honneur!

Il y a bien un autre mot qui se dit réparation et qu’on applique avec enthousiasme au cas où ce même gros seigneur barbu juge à propos d’épouser une coquine; mais c’est un tout autre sujet, et nous n’en parlons que par manière de génuflexion devant le discernement public.

Le ballon d’essai avait donc été lancé dans la partie du salon qui avait l’honneur de posséder les deux demoiselles Géran, la grande et la petite, la superbe et la modeste. Le mot trouva immédiatement de l’écho; il en trouve toujours et cela ne peut être autrement, puisqu’il promet pis que pendre: scandale nécessaire, catastrophe, péripéties. Il est si doux de manger son spectacle gratis!

En un clin d’œil, le mot fit tache d’huile et se répandit d’un bout à l’autre des salons.