»Mon mari ne voulut pas me permettre de l’accompagner.
»Il rentra, cette nuit-là, fort tard. Il avait refusé le dîner du prince, tout en se mettant à sa disposition. Le prince, pauvre esprit que l’âge amenait presque à la faiblesse de l’enfance, lui avait demandé sa protection pour madame la marquise de Sainte-Croix,—à l’insu de celle-ci.
»C’était une sainte que cette femme, tout uniment. Elle avait refusé sa main, à lui, le prince de ***, par des scrupules qui vraiment n’appartenaient point à la terre.
»Et, comme il arrive toujours à ces belles âmes, la haine des méchants la pressait de toutes parts. Elle était persécutée, elle était victime. Les sept péchés capitaux dressaient leurs embûches sous ses pas. On l’attaquait d’en haut et d’en bas à la fois: les grands et les petits...
»Il y avait surtout, au dire du prince, une misérable créature, nommée Justine, qui, lassant à la fin l’inépuisable et patiente charité de la marquise, s’était attiré un refus de secours.
»—Ces gens-là, vous le savez bien, continua-t-il en s’animant,—croient qu’on leur doit des rentes. Je donne, moi qui parle, plus de quarante mille écus par an, et je reçois plus de malédictions que de grâces... Il suffit de refuser une fois pour mériter le bûcher. La pauvre marquise est dans ce cas, précisément. Cette fille Justine a juré de se venger. Elle est adroite, elle est perdue, elle sait que son ancienne bienfaitrice a des ennemis... Il est si aisé, cher monsieur, de transformer certaines actions charitables en des démarches suspectes...
»Et ainsi de suite: le bon vieux prince parla pendant deux heures...
»Je vous affirme qu’il agissait, en effet, à l’insu de madame de Sainte-Croix. Ce n’est pas elle qui eût permis pareille imprudence.
»J’ignore quel accueil M. du Tresnoy eût fait à la communication de la directrice de Saint-Lazare, sans cette visite à l’hôtel du prince. Ce que je sais, c’est qu’en sortant de l’hôtel du prince, M. du Tresnoy se fit mener en droite ligne à la prison de Saint-Lazare.
»On fit mander la fille Justine sur-le-champ. M. du Tresnoy s’enferma avec elle dans le cabinet de la directrice.