»Ceci se passait au mois de septembre 182..., trois semaines environ avant la mort de M. le baron du Tresnoy.

»La fille Justine et lui restèrent enfermés pendant plus de deux heures.

»Le lendemain, M. du Tresnoy envoya au secrétariat général l’ordre de faire chercher sur-le-champ, soit à Paris, soit ailleurs, un individu nommé Jean Lagard, neveu du propriétaire du château de la Savate.

»En même temps, il manda en son cabinet la concierge du no 37bis de la rue du Cherche-Midi, deux domestiques ayant été au service de M. le comte Achille de Mersanz, du vivant de sa première femme, M. Isidore-Adalbert Souëf, notaire royal, la dame Ernestine Rodelet, demeurant à Chartres, et M. Garnier de Clérambault.

»M. du Tresnoy avait coutume de vivre en famille. Ses deux filles étaient sa joie. Nous passions presque toutes nos soirées ensemble.—A dater de ce moment, il s’éloigna de nous. Un travail de toutes les heures l’absorbait. Il veillait toutes les nuits dans ce cabinet, où il est mort,—debout,—auprès de ce bureau, dont la tablette a été son dernier oreiller; il veillait sans relâche. Le jour levant le retrouvait chaque matin acharné à son œuvre.

»Il était évident pour moi que le point de départ de cette recrudescence d’activité était son entrevue avec la fille Justine.

»Qu’avait-t-il appris dans cette conférence? Je le lui demandai; car nous étions un de ces ménages où le mot indiscrétion n’a point de sens. Il me répondit:

»—Vous saurez tout à la fois.

»Huit ou dix jours s’étaient écoulés depuis sa visite à Saint-Lazare. Je n’ignorais pas qu’il y était retourné plusieurs fois.

»Un soir, il me dit, oubliant qu’il ne m’avait point mise au fait de ce qui se passait.