Le secret de la comtesse Béatrice était mûr. On se le renvoyait comme une balle, du salon à l’antichambre. Les petits jeunes gens qui dansent le savaient. Que dire de plus?
Aussi personne n’avait besoin d’explication préalable pour comprendre cette grande nouvelle: la position va être régularisée. Il y avait lieu. Cette fausse comtesse jouait, de son reste.—Avait-elle bien le front encore de faire les honneurs!
Pauvre petite demoiselle Césarine! quelle humiliation! N’aurait-on pas dû se hâter davantage et faire la maison nette, au moins, pour son retour?
C’était pour elle, pour elle seulement que beaucoup de bonnes âmes restaient un instant de plus dans ces salons compromis. Sans elle, une fois dévoilée l’irrégularité de la position, chacun se fût retiré. C’eût été une déroute.—Mais la pauvre petite demoiselle Césarine n’était pas la cause de cela.
Elle en souffrait cruellement, on le voyait bien. Elle se tenait toujours très-loin de sa prétendue belle-mère, et cependant son regard ne la perdait point de vue.
Un voile de mélancolie couvrait la gaieté de ses seize ans...
Partant de là, on accusait bien un peu le père, mais seulement sur la question de temps. Le crime était d’avoir trop prolongé cette intrigue. Quant à l’intrigue elle-même, un jeune veuf est bien exposé, surtout quand il est puissamment riche. Ces créatures, d’ailleurs, sont si habiles, si adroites,—si rouées!
Car nous savons employer, dans nos salons aristocratiques, l’énergie un peu rude de certaines expressions.
La faute était à Béatrice. Autres temps, autres mœurs. Jadis nous cherchions partout des Clarisse Harlowe et des Paméla, jadis nous traquions comme un loup enragé cet infâme Lovelace. C’était intolérable. Aujourd’hui que le monde a marché, nous savons bien que Clarisse et Paméla courent effrontément après ce bon M. Lovelace,—dont le sexe et l’âge méritent protection.
Nous avons découvert cela en même temps que l’harmoniflûte et le télégraphe électrique. Nous sommes un siècle gaillard!