On l’aurait brûlée volontiers, cette Béatrice, pour avoir séduit M. le comte de Mersanz. Il y avait des instants où l’opinion unanime la vouait aux plus affreux supplices.
Puis le reflux avait lieu. Vous connaissez tous ces marées qui vont et viennent sous le feu des bougies, marées bien plus capricieuses que celles de nos grèves. Soudain, le flot humain s’agitait: un contre-courant se faisait.—On venait de voir passer la comtesse Béatrice, calme, noble, souriante, au bras d’un ami ou d’un parent de M. de Mersanz. Les choses alors changeaient de face. D’où pouvaient partir tous ces cancans absurdes et peut-être intéressés? Quelles preuves avait-on pour croire à ces on dit impossibles? Le comte avait-il parlé? Césarine avait-elle prononcé un seul mot? ou Béatrice elle-même s’était-elle trahie?
Ces symptômes si clairs s’obscurcissaient. On s’étonnait d’avoir cru, après s’être reproché d’avoir douté.—C’était fort intéressant, ce mouvement d’oscillation; cela occupait. On s’amusait véritablement beaucoup à l’hôtel de Mersanz, ce soir.
Et l’espérance de voir sous peu,—cette nuit même peut-être,—une position régularisée, ajoutait encore à l’allégresse générale.
XVI
— Saynètes. —
La scène est au fumoir, une bonbonnière du genre délicieux, toute doublée de cuir de Russie,—vitraux moyen âge,—potiches mémorables.
Frémiaux vient de gagner cinq cents louis à divers. Quoique ce soit sa constante habitude, il est fort gai. Frémiaux est un homme un peu fort et d’encolure normande. Son costume peut passer pour rigoureusement élégant. Il le porte mal. On n’a jamais su pourquoi dans ce monde, qui n’est pour lui qu’une clientèle, Frémiaux a presque droit d’insolence.
M. le vicomte de Grévy sort aussi de la salle de jeu où il a perdu quelque cent napoléons en sa qualité de myope.
Dans le plus pur salon du monde, je ne réponds pas de la salle de jeux.