Madame la marquise n’eût pas donné son Roger pour beaucoup d’argent.
Niquet et Palaproie, de plus en plus jaloux des splendeurs de leur ancien camarade, étaient spectateurs passifs de la toilette; mais Barbedor avait voulu être le valet de chambre de l’ancien,—son soldat, comme il avait dit. Roger, entre les mains d’un pareil chambellan, ne pouvait manquer d’être astiqué à miracle.
Toutes les grâces qu’on peut ajouter à la tenue d’un capitaine d’infanterie, années 1798-1799, furent mises en usage. Les guêtres dessinèrent sa jambe amaigrie et chancelante, boutonnées qu’elles étaient sur la culotte blanche; le frac étriqué fit briller au milieu du dos ses boutons passés à la patience; les épaulettes un peu rougies s’affaissèrent sur le drap trop mûr; et le tricorne était déjà entre les mains de Niquet, lorsque Barbedor, l’infâme, déplia un mystérieux paquet, dissimulé jusque-là sous sa vaste houppelande.
Ce paquet contenait une perruque plâtrée, selon l’ancienne mode militaire, dont le carnaval a conservé la respectable tradition.
Roger, à cette vue, ne put dissimuler son émoi. Il tendit solennellement la main à son cousin Vaterlot et dit:
—Je ne me les ai fait couper qu’en 1807... le dernier de la 26e! et, chaque fois que l’occasion y est, je les regrette. Je te remercie d’avoir pensé à ça!
Niquet et Palaproie s’étaient levés tous les deux. Leurs jambes de bois sonnèrent sur le parquet de la chambre. Ils trépignaient de joie.
—Moi, je les ai eus jusqu’en 1809! dit Niquet.
—Ah! mais! fit Palaproie;—moi, jusqu’en 1811... et il fallut de la salle de police pour les faire tomber!
Barbedor ajustait la perruque sur le crâne chauve et grisâtre de Roger. Les deux invalides se mirent à distance pour mieux voir.