LE PORT-PLATEAU, regardant Roger et la vicomtesse: Oui, monsieur Martineau.

LE MAITRE D’HOTEL: C’est une sans-souci qui a de l’esprit comme quatre... et méchante et farceuse et, tout!... Prends les glaces et suis-la pour me dire quelle bamboche elle va jouer à la grande armée... Je le déteste, moi, ce troupier: il m’a bu deux bouteilles de champagne...

LA VICOMTESSE, à Roger: Capitaine, il ne faut plus retourner au buffet.

ROGER: Vous dites?... Je m’oppose: il fait trop soif!

Nous sommes forcés d’établir ici une parenthèse pour dire que le bon Roger était arrivé au bal avec quelques restes de sa bombance du matin. Il avait passé une notable partie de la journée avec le sergent Niquet, l’adjudant Palaproie et ce perfide Barbedor, qui l’avait soigneusement entretenu en état de liesse.—Si la barrière des Paillassons est jamais percée, il est à souhaiter que, par reconnaissance, on la nomme barrière Barbedor. Au fond du purgatoire, où Jean-François Vaterlot expie sans doute ses nombreuses fredaines, ce fort-et-adroit aura un bien doux moment.

Ce n’était pas pour lui, en effet, qu’il jouait ce rôle de traître, c’était pour la barrière des Paillassons, son idole!

Vers six heures du soir, le capitaine Roger était rentré à l’hôtel, toujours en compagnie des deux invalides et du maître du château de la Savate. Ces trois braves lui avaient proposé de l’aider dans l’importante affaire de sa toilette. Roger, résolu à se montrer dans toute sa splendeur au bal de son gendre, avait accepté.

Nous n’avons garde de nier l’effet touchant d’un vieil uniforme. Mais ces exhibitions réussissent beaucoup mieux au théâtre que dans la vie privée. Depuis 1852, nous avons vu, Dieu merci, beaucoup de très-vieux uniformes dans nos rues. Certes, le peuple n’est pas suspect de ne pas aimer nos gloires: pour l’amour de nos gloires, le peuple le plus spirituel de l’univers chante faux du matin au soir les chansons les plus idiotes que jamais muse antigrammaticale ait rimées. Il lui suffit que Français soit au bout d’un vers boiteux, Victoire au bout d’un autre, pour s’égosiller loyalement et boire le campêche avec plaisir.

Eh bien, ces très-vieux uniformes qui, depuis 1852, émaillent volontiers les rues, excitent moins d’attendrissement que de surprise. Certains sceptiques se permettent de les trouver bouffons au degré suprême, et j’ai rencontré d’audacieux gamins qui, loin de verser des larmes à cet aspect, avaient bien le front de rire.

N’oublions pas que le pauvre Roger était, à son insu, un des principaux auxiliaires de madame la marquise de Sainte-Croix. Le ridicule qui l’entourait agissait sur ceux que la morale n’eût point suffi à convaincre de cette vérité: que la position soit régularisée.