Depuis quelques instants, madame la marquise de Sainte-Croix était inquiète et agitée. Il n’y paraissait rien, et c’est à peine si Garnier de Clérambault, introduit tout à coup dans les salons de Mersanz, eût découvert quelque signe de trouble sur le bronze sculpté qui était le visage de sa souveraine.
Garnier de Clérambault était pourtant le seul homme capable de lire un peu couramment les pages de ce livre fermé.
La marquise, tout en soutenant la conversation, suivait d’un œil furtif les mouvements du comte Achille.
Était-elle mère, ne fût-ce que pour un moment?
Voyait-elle le danger ou l’inconvenance de la position de Maxence? Avait-elle honte ou peur?
Nous savons bien que non. Rien de pareil ne pouvait exister entre madame la marquise de Sainte-Croix et Maxence. Il y a des mendiants qui volent des enfants et s’en servent pour exciter la charité des passants; il y a des bohémiens qui volent aussi des enfants pour leur rompre les muscles et en faire des saltimbanques. Madame de Sainte-Croix avait une autre industrie, voilà toute la différence. Maxence faisait partie de son fonds, comme les enfants volés sont la marchandise des gueux et des acrobates.
Elle nous a dit une fois, cette femme, dans une heure de solitude et de passion: «Si j’avais eu une fille...»
Mais chaque âme, si profondément pervertie qu’elle soit, se fatigue du blasphème parfois, et plaide sa cause devant la conscience éveillée tout à coup. Il n’est point de criminel endurci qui n’ait perdu quelque nuit d’insomnie à maudire le hasard, à refaire son passé, à chercher un motif plausible à son infamie.
Les uns s’écrient: «Si j’avais eu une mère!...» Et qui sait, en effet?
D’autres: «Si j’avais pu me faire aimer!»