Il arrivait là sûr de lui-même. Le seuil de cette chambre, c’était le Rubicon. La belle Maxence l’avait passé.
Le comte Achille ouvrit la bouche pour entamer le discours-ministre, commandé par la circonstance. Le discours ne vint pas. Le comte Achille resta muet.
Les paroles qui venaient à ses lèvres lui semblèrent tout à coup démodées et surannées. Il n’y avait pas de prétexte à exorde. Cette charmante créature avait franchi le seuil de cette chambre sans émotion ni terreur.
Était-ce vaillance précoce et menaçante? Était-ce le comble de la candeur?
La candeur n’était pas en excès sur ce visage où perçaient tous les germes de la passion. La vaillance était plus vraisemblable. Que dire à la vaillance?
Le comte Achille se battait les flancs de tout son cœur et n’en tirait rien.
Les minutes s’écoulaient.
Au travers des cloisons, les mille bruits de la fête filtraient: murmures et harmonies. Cette odeur tiède et cependant enivrante qui est comme le parfum de ces frais bouquets de femmes, venait par bouffées. Le boudoir n’était éclairé que par deux grandes lampes dont la lumière était tamisée par des globes en verre dépoli.
C’était une clarté douce qui contrastait avec les éblouissements du bal.
Maxence, dans son étrange immobilité, avait l’air d’une admirable statue.