Voici ce qu’elle disait au jeune homme, qui la contemplait avec tendresse:
—Je vous assure que vous vous trompez, Vital, vous, la bonne Marguerite et cette nouvelle amie dont vous me parlez, madame la vicomtesse de Grévy... Votre affection vous porte à tout exagérer... Rien ne menace, je vous l’affirme, je vous en réponds!... Mon mari a été pour moi aujourd’hui d’une bonté parfaite... Mon pauvre père est sur le point de me quitter... Tous les dangers qui semblaient m’entourer s’évanouissent...
—Béatrice, ma chère Béatrice, l’interrompit le jeune homme, qui porta sa main à ses lèvres,—prends garde!...
Ce fut à ce moment même que les yeux de Césarine se fixèrent sur la glace.
Si les deux Géran avaient voulu frapper un coup de foudre, elles furent servies à souhait. Césarine chancela et se retint à l’épaule de Philomène pour ne point tomber à la renverse.
Sa face se couvrit d’une pâleur livide. Elle mit sa main sur son cœur en poussant un cri étranglé.
Il serait malaisé de dire la violence terrible de cette angoisse. Que se passait-il dans l’âme de cette enfant? Elle ne savait pas encore qu’elle aimait. Subissait-elle à ce point déjà l’empire mortel de la jalousie?
Était-ce l’orgueil blessé, car elle était vaine? ou seulement la détresse d’un pauvre jeune cœur déchiré cruellement par les ronces, dès son premier pas dans le sentier d’amour?
Cette femme qu’elle venait de défendre! cette femme coupable envers son père!
C’était cette femme justement qui mettait sa vie en deuil!