Tous les écrivains l’ont dit: rien n’est si changeant que le sentiment de la foule. Et peu importe, encore une fois, que la foule ait ses sabots dans la boue du ruisseau ou ses souliers de satin et ses bottes vernies sur le parquet mosaïque d’un salon. Sauf les formules du langage, une foule ressemble comme deux gouttes d’eau à une autre foule.
Le comte Achille impatientait ses hôtes. Il indignait ces messieurs; il donnait sur les nerfs de ces dames.
Et, par un revirement naturel, Béatrice commençait à inspirer un vague intérêt. En somme, c’était une femme. Césarine, dont la colère folle n’était pas servie par l’expérience, dépassait le but à chaque mot qu’elle prononçait. Nous avons encore la peine de mort; la torture n’est plus dans nos mœurs. La fortune de madame la comtesse de Mersanz et sa beauté avaient bien offusqué le commun des jalousies, mais ces rancunes étaient déjà plus qu’assouvies.
Quelques minutes auparavant, Césarine était pour tout ce monde «la pauvre petite demoiselle Césarine,» une victime que chacun plaignait à cœur joie, écrasée qu’elle était par la tyrannie de cette Messaline, sa marâtre. Maintenant, on était bien obligé d’intervertir les rôles.
Le tyran se laissait battre; la pauvre petite victime prenait des allures de bourreau.
—Elle va bien, la mignonne! dit Frémiaux.
—Cela fera une douce femme de ménage, ajouta Montmorin.
Aymar de Quelquechose, se croyant au sein du Journal des demoiselles, soupira:
—Quand notre sexe rompt certains liens, franchit certaines barrières, il garde moins de mesure que la portion virile de l’espèce humaine; ceci pour deux raisons: la première...
—Il y a désertion générale! l’interrompit M. de Beaumont, qui arrivait du premier salon;—toutes ces dames ont pris la fuite.