»—C’est vous qui allez conduire mon garçon au bal, ce soir, ma belle dame: et, si M. le vicomte avait été jaloux... Vous m’entendez bien?...

»Mon sourire dut exprimer trop clairement ma pensée; car elle ajouta d’un air piqué:

»—Il n’est que lieutenant, c’est vrai, mais il compromettrait tout de même une duchesse... et très-bien... Pas volontairement, au moins, le pauvre agneau!

»Naïve vanité des mères!—Je me déclarai prête à prendre le lieutenant Vital pour cavalier au bal de l’hôtel de Mersanz.

»J’acceptai, en outre, la mission de parler à cette superbe Maxence et de glisser dans la conversation certaines paroles mystérieuses dont je n’eus point moi-même l’explication. Je puis bien te dire du moins quatre vers assez bizarres que je dus apprendre par cœur et qui, le soir même, répétés par moi, firent sur Maxence un effet extraordinaire. Les voici:

»A son insu, l’acide mord;
A son insu, la fange tache;
Et le vil poignard qui se cache,
A son insu donne la mort.

»Mais j’ai hâte d’arriver à un autre talisman que je devais aussi emporter avec moi. Cette petite bonne femme est toute cousue de mystères,—de grands mystères.

»Quand je vais au fond des choses, je suis bien forcée de me rendre justice. Ce n’est pas moi qui combats madame la marquise de Sainte-Croix; ce n’est pas moi surtout qui l’abattrai: c’est Marguerite Vital, la marchande de pommes d’api et de plaisirs. Je ne suis qu’une arme de plus dans sa main.

»Aussi ne fais-je pas la fière. Je la reconnais pour mon chef de file: dès qu’elle ordonne, j’obéis. Il y a plus: j’obéis souvent sans savoir ce que ma soumission produira.

»Marguerite rouvrit son grand coffre, derrière lequel, plus attentive, je pus apercevoir, cette fois, une manière de trophée, composé d’une veste de vivandière, d’un petit baril de cantine, d’une paire d’épaulettes, d’un sabre, etc. Elle souleva une première planche où les objets de son humble commerce étaient rangés avec un ordre admirable. Sous cette planche, formant double fond, reposaient sa toilette du dimanche et ses bijoux.