»—Voilà assez de temps qu’on me fait aller. Je commence à voir que je suis le dindon. La justice mettra le nez là-dedans un jour ou l’autre; je ne veux pas que mon établissement soit souillé par le déshonneur!
»Garnier répondait:
»—Ingrat! au moment où l’on s’occupe de nous dans tous les ministères et auprès des architectes du roi, vous vous plaignez! Croyez-vous qu’on n’ait que vous à penser aux travaux publics des ponts et chaussées! Vous vous retirez à l’heure de la récolte. Dans quelques jours, votre fortune sera faite, et vous renoncez de vous-même à toute récompense!...
»Comme le gros haussait les épaules et disait: «Tarare!» Garnier a pris tout à coup une pose aussi noble que celle des acteurs de tragédie, et il a tendu sa main vers le mur d’octroi. Justement, ils étaient arrêtés devant cette baraque qu’on appelle la barrière des Paillassons, bien que l’enceinte n’ait point d’ouverture à cet endroit.
»—Malheur! s’est écrié Garnier;—vous touchiez au but de vos espoirs! j’avais sur moi le plan de l’ouverture, dressé par les architectes du gouvernement! Adieu! jamais la barrière des Paillassons ne sera percée.
»Il a fait mine de s’éloigner à grands pas. Le gros a hésité, puis il l’a rappelé. Le plus fort, c’est que ce coquin de Clérambault avait dans sa poche un plan, un véritable plan, dressé par un homme de l’art.—Ce plan présentait une porte à double grille, flanquée de deux monuments aussi jolis que toutes nos autres barrières. Il faut que Clérambault et la marquise tiennent diaboliquement... bien des excuses... et des pardons... tiennent fameusement à la baraque du gros pour préparer des frimes semblables...
»Mais conçoit-on cette idée, faire un trou dans le mur d’octroi!... Le gros a pleuré, madame! Il a pleuré comme un veau, sauf le respect que je vous dois; il a mouillé le papier, qu’il regardait à la lueur d’un réverbère. Il a demandé pardon à Clérambault. Il a promis de ne plus faire le méchant. Bref, son établissement reste entièrement à la disposition de M. Garnier et de madame la marquise...
»Ainsi se termina le récit de Fromenteau, ma bonne Aglaé, en même temps que la dernière bouchée de la poularde disparaissait dans son vaste estomac. J’avoue que j’attendais mieux, et, cependant, ce tronçon d’histoire était comme une nouvelle énigme proposée à mon imagination, déjà si tendue.
»Ma première parole a été, tu le penses bien:
»—Pourquoi n’avoir pas suivi ces deux hommes?