»Je te donne, dans sa solidité antique, la réponse textuelle de Fromenteau:

»—Parce que je n’avais plus M. le baron du Tresnoy et que je n’avais pas encore madame la vicomtesse.

»Fromenteau ne fait que sur commande.

»Mais il va rôder. Il se fait fort de trouver le gros avant une semaine.

»Les rapports de ses autres agents avaient trait à divers personnages de notre imbroglio. Je n’ai pas besoin de te dire que toute cette campagne a été conduite d’après la haute inspiration de ma petite bonne femme, général en chef; Martellier avait dîné avec un Polonais qui joue le rôle de prince russe dans les grandes occasions pour le compte de la fabrique de mariages. Il a vingt francs, et on lui prête l’habit avec les décorations. Jolyet a obtenu un rendez-vous de la femme de chambre de madame la marquise.—Bertrand a pris son repas dans un bouge de la plus excentrique espèce, une maison de jeu clandestine.—On lui a parlé d’une femme en noir qui vient s’établir dans une sorte de cage, d’où elle dirige son jeu par l’entremise d’un serviteur complaisant. Cette femme boit de grands verres d’eau-de-vie derrière son voile épais de dentelles. Serait-il possible que ce fût la marquise! Elle perd des sommes folles presque tous les soirs.

»Tu ne saurais croire, ma bonne petite sœur, avec quelle passion je me plonge dans cet océan de mystères.

»Henri va mieux. Il demande à servir comme simple soldat dans notre bataillon.

»Il m’aime toujours.

»J’ai promis à Fromenteau de lui donner la position de dentiste associé s’il fait bien son devoir. Il m’a quittée à minuit, son repas l’avait un peu alourdi. Pourtant, j’ai vu briller un éclair derrière ses lunettes, et, pendant que ses mains frémissantes entassaient dans ses poches des montagnes de vieux papier, il a murmuré d’une voix douce et tendre ce mélodieux nom de Stéphanie...»