Huit heures sonnantes, Casseur, le chef, installé à la caisse en qualité de contrôleur, dut refuser des chaises de second rang. L’enceinte elle-même était presque remplie.

C’était une recette.

Casseur et ses marmitons se reprenaient à vénérer Barbedor.

A l’intérieur, la salle, éclairée par une douzaine de quinquets remplaçant le gaz promis, présentait un aspect entièrement satisfaisant. Un vieux tapis, tendu sur une couche de sciure de bois, tenait le milieu de l’arène. On fait d’avance ce lit pour adoucir la chute des vaincus. Aux angles du tapis, on voyait des carafes et de petits tas de sciure fine: les carafes pour rafraîchir la gorge haletante des champions, la sciure pour étancher les muscles baignés de sueur et permettre aux mains des athlètes de prendre sur le corps ruisselant de l’adversaire.

Les galeries laissaient pendre des drapeaux un peu fanés, mais couverts de devises où l’honneur et la gloire étaient exaltés en style confiseur. On se demande pourquoi la gloire et l’honneur sont les divinités obligées de ces séjours malhonnêtes et obscurs.

Les poteaux étaient entourés de banderoles. Les cigares et les pipes chargeaient l’atmosphère d’un brouillard horriblement suffoquant. L’orchestre Soufflard démenait ses cuivres comme un diable et faisait le plus affligeant tapage.

Il y avait des femmes. Tombez aux pieds de ce sexe auquel on doit M. Legouvé!

Au premier rang, dans l’enceinte, c’était un composé assez curieux de sporting gentlemen gourmés dans leur cravate et de grands gaillards hautement débraillés qui faisaient évidemment partie de l’honorable société des forts-et-adroits. Ceux-là sont à reconnaître d’une lieue: ils ont tous des coquins de bras qui sortent violemment de leurs manches fatiguées, des cous hardis et musculeux auxquels ne convient point la cravate. Quand ils marchent, leur cassure produit un déhanchement tout particulier; quand ils sont assis, leur fainéantise les affaisse comme des tas de vieux linge.

Car les forts-et-adroits ont cette religion de n’employer jamais au travail utile leur force ni leur adresse.

Les lions se mêlaient à eux volontiers. On échangeait le feu de la pipe au cigare, et réciproquement. Si vous désirez voir en votre vie un touchant tableau d’égalité, franchissez le seuil d’une salle d’adresse et de force.