L’âge d’or est là, le pauvre vieil idiot. Je donne son adresse sans scrupule parce qu’il n’a plus que le souffle. Si quelqu’un lui ouvrait traîtreusement la porte, il n’aurait pas la force de sortir.

Les chaises du second rang—à trois francs—présentaient un aspect moins caractérisé. C’était le vrai public: les curieux qui ont entendu parler, les gens qui disent: «Il est bon de tout voir!» les pères de famille, les petits étudiants, le profanum vulgus. Beaucoup parmi ces agneaux avaient la main sur le gousset de leur montre. Leur physionomie disait en général: «Si ma femme savait où je suis!»

Une belle et vertueuse compagnie, c’étaient les gens du parterre. Morbleu! de rudes figures! peu de linge, quelques emplâtres sur l’œil,—moustaches faites pour inspirer la terreur, des redingotes demi-solde, des balafres, des bottes dangereusement blessées.

Qui sont ces guerriers? Ma foi, je n’en sais rien. La police, quoi qu’on dise, n’est pas assez naïve pour employer ces néfastes visages. Ce sont plutôt d’anciens forts-et-adroits qui viennent faire opposition, monter des cabales, ou soutenir, au contraire, moyennant quelque gratification, les phases chancelantes du spectacle. Il y a parfois dans cette zone des batailles sérieuses; ce qui tendrait à sanctionner notre dire. Les mœurs y sont farouches. Sous péril de prise de corps, il faut partager l’avis de ses vilains voisins.

Les dames étaient dans les boîtes qui bordent le pourtour. Certes, une langue aussi riche que la nôtre devrait avoir un mot pour désigner ces créatures. On n’aime pas à parler gras. Le mot coquine s’écrit difficilement. D’un autre côté, il est obscène d’appliquer à cela l’expression qui nous sert pour nos sœurs et pour nos mères.

Nous laisserons de côté les dames, s’il vous plaît.

Et, pour en finir avec le public, nous monterons aux galeries, zone des spectateurs naïfs, payants et sérieux, qui veulent pour leur argent toutes les plaies et toutes les bosses annoncées. S’il manque un coup de pied ou un coup de poing, ceux-là se fâchent tout rouges. Il leur faut leur compte exact de contusions. Mais aussi, pour peu que la mesure déborde, ils entrent en liesse franchement et font les succès de tapage. C’est le parterre de ces vigoureux théâtres, où la parole est remplacée par des ruades; parterre tout émaillé de blouses et d’uniformes, quand la séance a lieu avant l’heure de la retraite.

—A bas la musique!

—La paix, Soufflard! Tais ton cuivre!

A cette audacieuse apostrophe, vous avez reconnu cette petite bête criarde, pointue, vieillotte et coiffée de cheveux couleur poussière, qu’on nomme le gamin de Paris.