«... Un dénoûment! Tu veux un dénoûment, mon Aglaé chérie? écrivait, à quelque temps de là, cette charmante vicomtesse de Grévy. Sais-tu que tu es bien exigeante! Un dénoûment! En connais-tu beaucoup dans les livres ou dans la vie? Est-ce un mariage qu’il te faut? Mais le mariage est un prologue, une promesse ou une menace, et non pas, certes, un dénoûment.
»Cherche bien. De tous les dénoûments, quel est le plus net, le plus tranché, le plus brutal? C’est la mort, n’est-ce pas?
»Comment définir la mort, cependant, sinon: le commencement d’une autre vie?
»Les dénoûments sont rares, ma chère.—Mais tu es née coiffée: il se trouve précisément que notre histoire a un dénoûment, deux dénoûments, dix dénoûments, si l’on prend le mot dans son acception familière: des larmes, des sourires, des morts, des mariages.
»Va, nous ne manquons de rien!
»Pendant qu’avait lieu cette démoniaque bagarre du château de la Savate, M. Léon Rodelet avait tenté un enlèvement sur la personne de Césarine de Mersanz. C’était probablement un des fils de la trame ourdie par la marquise; mais les tenants et les aboutissants m’échappent. Il te suffira de savoir que notre Césarine, enfermée dans une chaise de poste, domina si bel et si bien ce pauvre petit homme, qu’il fit la route à deux genoux, et qu’au premier relais il disparut pour ne plus revenir.
»Ce cinquième clerc de notaire, héros de roman de septième classe, a dû rentrer en son bercail chartrain. On a fait quelque chose pour sa mère, l’une des victimes de la Sainte-Croix. Je pense qu’il épousera une sienne cousine beauceronne. Es-tu contente? Voilà déjà, ce me semble, un petit dénoûment.
»Passons à d’autres. Nous avons eu deux blessés de la grande bataille, Vital et le comte Achille. Tous les deux avaient été fort malmenés. Achille portait cinq blessures, dont une assez dangereuse au-dessus des reins; Vital avait été frappé de quatre coups, dirigés avec une sorte d’adresse chirurgicale. Il n’a évité la mort que de quelques lignes.
»Nos assassins deviennent savants. Ils font des études préparatoires et fréquentent les cours d’anatomie.
»Te souviens-tu de ces livres de chevalerie où l’heureux blessé est toujours pansé par une adorable princesse? Bien des gens pourraient envier le sort de Vital. Césarine n’a pas quitté son chevet, cela du consentement du maréchal. Tu ne saurais croire combien notre Césarine est devenue charmante. Béatrice l’aime mieux que nous, l’ingrate! mais c’est toujours ainsi. Au ciel même, on fait, dit-on, assaut de caresses autour du pécheur repentant.