»Il faut bien te dire, cependant, la grande, l’énorme, l’incroyable nouvelle. Si j’étais Sévigné, tu n’en serais pas quitte pour trois épithètes. Je ne te donne pas en mille à deviner, ce serait peine perdue. J’ai pitié de toi. Tiens-toi bien et ne tombe pas à la renverse!

»Le maréchal a voulu payer d’un seul coup la dette de son neveu...

»Te voilà déjà dédaigneuse et disant: La belle malice! Il a proposé à Béatrice les rides de sa glorieuse main, et Béatrice a refusé d’être maréchale?...

»Un gage! tu n’y es pas.

»Béatrice a refusé, mais autre chose,—quelque chose de bien plus facile à accepter que la main glorieuse et ridée du maréchal.

»Le maréchal lui-même, soit dit sans l’offenser, est trop homme de bon sens pour avoir eu pareille idée.

»Quelques jours après la catastrophe, le maréchal vint chez moi. Henri était convoqué, ainsi que plusieurs de nos amis... Nous vîmes arriver Marguerite Vital et sa fille. La petite bonne femme n’aime pas ces exhibitions. Elle veut, dit-elle, se tenir à sa place. Le maréchal la mène rondement en ces occasions et lui déclare qu’elle fera salon avant la fin de ses jours.

»Si la petite bonne femme le voulait bien, elle aurait dans un mois les manières de notre monde. C’est une fée. Mais espérons qu’elle ne le voudra pas. Je la trouve parfaite telle qu’elle est.

»Le maréchal proposa de but en blanc à Béatrice de l’adopter, selon la forme légale, en qualité de fille. Il n’a point d’enfant et se trouve dans les conditions où l’adoption ne peut soulever aucune difficulté. Béatrice déclina cet honneur. Malgré les grâces qu’elle mit dans l’expression de sa reconnaissance, le maréchal se fâcha tout rouge. Nous fîmes auprès de Béatrice toutes les instances imaginables. Elle resta inflexible. Ces natures si douces sont entêtées prodigieusement.

»Je crus un instant que le maréchal allait me briser quelque chose sur mon étagère, tant il était furieux. Déjà je songeais à diriger adroitement son choix vers un très-vilain sèvres que ma femme de chambre a omis jusqu’à présent de casser, lorsque le lieutenant Vital, convoqué pour la circonstance, arriva, le bras en écharpe et tout essoufflé d’avoir monté notre premier étage.