»Ce malheureux Vital saisissait quelques mots çà et là. Il changeait de couleur comme un caméléon.
»Remarque une chose. Il n’avait point connaissance de la proposition faite à sa sœur. Il ne savait absolument pas de quoi il s’agissait.
»—Maréchal, répondis-je, mes paroles légères expriment des pensées qui sont sérieuses. La sœur du lieutenant Vital vient de refuser d’être votre fille, comme elle a refusé déjà d’être la femme du père de Césarine... Si nous parlons de mésalliances, vous n’êtes pas du côté de ceux qui reculent.
»Ceci fut prononcé tout bas et pour lui seul.
»J’ai dû te dire qu’Achille, pendant sa maladie, avait fait supplier par deux fois Béatrice de rentrer à son hôtel.
»Les sourcils du maréchal étaient toujours froncés; mais je voyais le sourire naître derrière cette grimace.
»Ses yeux venaient de rencontrer ceux de Marguerite.
»—Mésalliance! mésalliance! grommela-t-il en gardant son ton de mauvaise humeur. Il s’agit bien de mésalliance!... Vital est le fils de la Perlette! Voilà ce qu’il fallait me dire! Personne ne sait me prendre... Pardieu! lieutenant, s’interrompit-il avec brusquerie, vous avez du courage... plus de courage que moi!... La conduite de mademoiselle ma filleule et de son respectable père...
»—Ne les défendez pas, Vital, m’écriai-je voyant que notre Amadis pâlissait; le maréchal joue la comédie du Bourru bienfaisant... Le maréchal me charge de vous dire que, si vous voulez être son fils d’adoption, ce qui donnera un nom glorieux à votre femme, il vous accordera, en tant que cela le concerne, la main de sa filleule, mademoiselle Césarine de Mersanz.
»Crois bien, ma bonne Aglaé, que je savais ce que je faisais en risquant cette sortie, qui te semblera si téméraire.