»Elle amena dans mon salon un étonnement qui se traduisit par un grand silence. Je vis une expression d’inquiétude derrière les paupières demi-closes de Marguerite. Pour moi, sa fierté se révoltait déjà. Le danger ne pouvait venir que d’elle.
»Cependant le vieux maréchal eut peut-être l’idée de protester. Il me regardait d’un air un peu hostile, et je préparais ma bordée pour repousser son attaque, lorsque sa physionomie changea tout à coup. Il tourna les yeux vers Vital, fort embarrassé de sa contenance, et le rouge lui monta au front avec une telle véhémence, que j’eus peur d’un coup de sang.
»—De par tous les diables! s’écria-t-il en s’appuyant des deux mains sur sa canne,—est-ce que celui-là va me refuser aussi!
»Je n’ai jamais mieux senti en ma vie l’énergique vérité de cette locution populaire: rompre la glace. Ce fut un coup de théâtre. Toutes les physionomies s’éclairèrent à la fois. L’étonnement général changea de nature et devint joyeux jusqu’au rire. Si bien que le vieux héros demanda avec toute sa colère revenue:
»—M’a-t-on fait venir ici pour se moquer de moi?
»Marguerite et Vital tenaient chacun déjà une de ses mains. Il les repoussa, disant:
»—Accepte-t-on, oui ou non?
»Marguerite reprit sa main de force et voulut la porter à ses lèvres. Il ne la laissa point faire et la prit dans ses bras comme un enfant. Il riait à son tour; mais les larmes lui jaillirent des yeux quand il dit tout bas:
»—Ma pauvre femme nous voit...
»Nous étions tous émus jusqu’au fond de l’âme.