CASSEUR: Poussez, la musique!

Les ophycléides et les cornets à piston de l’orchestre Soufflard firent incontinent et cruellement leur devoir. La salle s’emplit d’une harmonie tellement diabolique, que les trois quarts des assistants se bouchèrent les oreilles.

Il faut cela. C’est le plaisir.

Deux gros hommes, vêtus comme notre père Adam, sauf de légers caleçons qui leur prenaient les reins, se ruèrent en scène, égalant en grâce les deux principaux ours de notre jardin des Plantes. Ils se donnèrent la main en souriant et prirent des poses aimables; après quoi, ils s’empoignèrent (que l’expression me soit pardonnée), et, du premier coup, le Buffle de Carpentras fut lancé, roide comme balle, par-dessus la tête du Toulousain Sans-Quartier. Il tomba sur le côté: besogne nulle. Pour que le coup vaille, il faut que les deux épaules du vaincu touchent à la fois le tapis fatal.

Le Buffle et Sans-Quartier reprirent leurs poses aimables et se posèrent front contre front, les jambes accroupies, le torse tendu, les mains libres et cherchant une prise favorable.

C’étaient deux bonshommes!

Mais que faisait cependant Jean-François Vaterlot, dit Barbedor? Comment n’était-il pas là? Pourquoi aurait-il cédé au Casseur le privilége si cher de parler au public?

Quelques minutes avant huit heures, et au moment où Jean-François Vaterlot, dans la plénitude de sa jubilation d’artiste et d’impresario, contemplait le troupeau de ses athlètes, moutonnant autour de lui, un de ses serviteurs était venu lui parler à l’oreille.

Vaterlot avait changé aussitôt de couleur, et son allégresse s’était évanouie comme par enchantement.

—Où allez-vous, papa? demanda Jean Lagard, qui, tout nu sous son paletot, faisait une partie de bezigue avec le féroce Plantehoux, surnommé le Poteau de Béziers.