—Je dis, reprit Garnier après un silence, que nous sommes las de vos hésitations et de vos résistances. Je dis que le parquet a les yeux sur vous. Je dis que le Code pénal contient au moins une douzaine d’articles qui vous cloueraient au bagne pour le restant de votre vie... Je dis...

Vaterlot plia les jarrets et s’élança sur lui comme un animal furieux. Garnier le reçut de pied ferme. Ce ne fut pas dans la salle qu’eut lieu la première lutte. Au bout de quelques secondes, le cabaretier, vaincu, tomba sur ses genoux.

—Tonnerre du ciel! dit-il, que je voudrais vous voir avec Jean, mon neveu!... C’est bête de se mettre en colère!... Ne sais-je pas bien que vous ne pourriez m’entraîner à l’eau sans vous noyer avec moi!... C’est vrai que j’ai fait des sottises... c’est vrai que vous m’avez mené loin... mais...

—Mais quoi? l’interrompit l’habit bleu avec un air bonhomme; vous êtes toujours le même enfant obstiné. On est bien obligé de faire la grosse voix avec vous... Ça n’empêche pas qu’on est des amis au fond et qu’on irait bien loin pour vous épargner un tort... Voyons, mon gros, pas de niaiseries! Madame ne saura rien de ce qui vient de se passer, si vous voulez être gentil...

Au travers des vitres enfumées de la salle, un grand cri passa:

—Barbedor! Barbedor!

Le cabaretier sourit en se caressant le menton.

—C’est tout de même flatteur, dit-il, d’être connu comme ça de toute une nation!

Il fourra ses mains dans les vastes poches de sa houppelande, et reprit:

—Vous comprenez, monsieur Garnier, que, aujourd’hui, le moindre esclandre pourrait amener des malheurs...