Au lieu de répondre, Flavie continuait en s’animant:
—Notre rôle, ce soir, c’est d’attendre une heure, deux heures s’il le faut... d’attendre patiemment, le bras sûr, le cœur prêt... d’attendre jusqu’à ce qu’il vienne, car il viendra: sa passion m’en est garant.
—Mais, répéta Garnier, viendra-t-il seul?
—Seul... Il n’a plus d’amis... j’ai fait le vide autour de lui... Cherche qui pourrait l’accompagner. Est-ce le maréchal outragé? Est-ce Béatrice chassée? Est-ce le vicomte de Grévy blessé de sa main? Est-ce sa fille, enfin, qui a voulu un refuge loin de la maison paternelle?... Il viendra seul te dis-je... Il pénétrera seul auprès de moi... Si je parviens à l’abuser jusqu’au bout; s’il me confie son portefeuille...
—Et comment vous le confierait-il? l’interrompit Garnier,—puisqu’il verra déjà qu’on lui manque de parole: Maxence ne sera pas là.
—Ses amis nous servent en ceci, répliqua Flavie, dont l’inflexion de voix laissa deviner un sourire;—ses amis le traquent. Il sait que maître Souëf, notaire, a subi un interrogatoire au sujet des immeubles vendus. Il croit que toute cette meute est lancée non pas contre lui, mais contre ses deux millions... S’il ne se doute de rien, il ajoutera foi au départ de Maxence, qui l’attend à Marseille...
—Qui l’attend?... répéta Clérambault.
—Je le lui dirai, du moins, fit la marquise avec un mouvement d’impatience.—Il est bien naturel que mademoiselle de Sainte-Croix n’ait point voulu se trouver dans ces embarras, dans ces fuites précipitées... Me comprends-tu?
—Parfaitement.
—Il est bien naturel encore que le comte, chassé à courre comme il l’est par sa famille et ses amis, dépose entre des mains tierces ce qu’il a pu réaliser de sa fortune... et dans quelles mains mieux que dans les miennes...?