Ce soir, le château de la Savate suffisait au bonheur de Jean-François Vaterlot. C’était la renaissance du château de la Savate, dont la gloire, si longtemps éclipsée, reprenait de nouveaux rayons.

Barbedor avait enfin trouvé les éléments d’une affiche.

O vous, simples particuliers, hommes qui touchez des rentes, qui signez des quittances de loyer ou qui vendez à poids douteux une bonne petite marchandise quelconque, Français de tous les commerces et de toutes les industries, vous ignorez les angoisses des hommes publics qui spéculent sur l’art de divertir la foule, vous ne connaissez pas leurs joies, vous n’avez nulle idée des tristesses, des transports, des agonies, des délires de Bilboquet, qu’il soit directeur de l’Opéra ou commissaire impérial près le théâtre des Délassements-Comiques.

Cette phrase navrante et radieuse: faire une affiche, n’éveille en vous aucune fièvre. Vos marchandises sont connues et de première nécessité. Tout le monde a besoin de votre sucre ou de votre sel. Votre fortune dépend de cet heureux et obligeant brimborion de métal qui soutient les plateaux de votre balance, et que le hasard moqueur, présidant à la formation des langues, a si plaisamment nommé un fléau. Vous n’avez à faire aucuns frais de génie: chez vous, le mensonge est muet et n’exclut pas l’enviable sottise.

Mais Bilboquet, l’ardent et douloureux Bilboquet! mais l’entrepreneur de plaisirs, mais le martyr commercial qui, loin de tromper sur le poids, est toujours forcé de donner plus qu’il n’a promis, voilà l’inventeur! voilà le génie fait homme et le labeur incarné!

Il y a plus d’esprit dans une simple affiche de spectacle, qui ruinera son auteur, que dans une fortune de trois millions, faite à vendre des étoffes de coton (tout laine) ou des culottes au rabais.

Et cependant, quand Bilboquet devient maire de son village, sur ses vieux jours, tout le monde s’étonne, tandis que tout le monde accepte Barrabas, passé à l’état de marguillier.

Pour faire une affiche, il faut un nom. Or, malgré la folâtre bénignité du public, qui trop souvent prend les oies pour des cygnes, les noms sont rares.

Le talent de Bilboquet est précisément de faire des civets sans lièvres. Bilboquet vit parfois longtemps sur cette attitude, et nous en avons de cruels exemples dans nos théâtres, si féconds en civets sans lièvres; mais, un jour de méchante humeur, le public s’écrie: «A bas le matou!»

Alors, Bilboquet aux abois cherche un gibier véritable. Son affiche se tait. La baraque est en deuil.