Un nom! Il faut un nom! Pour trouver un nom, Bilboquet escaladerait le ciel!
C’est Bilboquet lui-même qui a inventé ce substantif: un NOM. Sa modestie native lui défendait d’employer le mot gloire. La gloire est désintéressée: le nom entre dans le commerce. Un jour viendra où tous les noms payeront patente. Ce sera bien fait.
Qu’est-ce qu’un nom? Purement une valeur. Il y a des noms de cinq francs par soirée et des noms de cent louis. Le public se compose d’un certain nombre de couches superposées. On ne peut pas dire, en thèse générale, que le prix d’un nom est en raison directe du nombre des couches qu’il traverse, quand il est lancé par le tromblon de l’affiche. Il faut tenir compte, en effet, de la nature des couches.
Les couches varient comme les noms.
Il y a les couches de cinq sous et les couches d’un louis.
En bon commerce, une couche de dix francs vaut juste vingt couches de cinquante centimes.
Elle vaut beaucoup mieux, même, si Bilboquet a le nez susceptible,—car elle n’a pas d’odeur.
Habituellement, Bilboquet, fût-il millionnaire, dédaigne les vaines délicatesses de l’odorat. Il partage à ce sujet les opinions économiques de l’empereur Vespasien.
Jugez cependant des calculs à faire et des combinaisons possibles avec cette série de noms gradués de cent sous à cent louis,—passant à travers cette échelle de couches variant de vingt centimes à vingt francs.
C’est à effrayer l’esprit fort qui dressa le premier des tables de logarithmes!