Il faut que Bilboquet ait dans la tête le barême de cette prodigieuse arithmétique; sans quoi, il est obligé, chaque année, de sauver la caisse.

Conçoit-on, après cela, qu’il y ait des prétendants assez hardis pour escalader ces trônes boiteux? La puissance suprême a-t-elle tant de charmes? Et cette couronne d’épines qui coiffe le chef de Bilboquet, possède-t-elle de si entraînantes séductions?

Barbedor avait un nom de lutteur, de boxeur et de tireur, mais un nom usé et qui ne faisait plus d’argent. Son ventre tuait son nom.—Jean Lagard avait un nom qui était un éblouissement.

On pouvait l’imprimer en lettres de six pouces, sans craindre le méprisant sourire des badauds.

On pouvait le répéter quatre fois au moins dans la composition, car Jean Lagard était l’effroi des lutteurs du Midi et des Hercules du Nord, le bourreau des habiles de la canne et du bâton, le maître de la boxe anglaise, et l’Achille de cette escrime nationale, le chausson, qui a porté si haut et si loin le nom de notre belle France.

Comment Barbedor avait fait pour conquérir le droit d’afficher Jean Lagard, après ce qui s’était passé entre eux, nous ne saurions trop le dire. Ils avaient beaucoup de souvenirs communs. Entre une choppe de Strasbourg et un verre de suisse, l’éloquence des souvenirs est irrésistible.

Le fait est que Jean Lagard avait cédé, consentant à revêtir encore une fois le caleçon de laine qui est l’uniforme des Alcides. Ce consentement était les trois quarts de l’affiche. Il ne restait plus qu’à faire un choix éclairé parmi les forts-et-adroits présents à Paris, afin que l’illustre rentrant eût au moins un cortége digne de lui.

Barbedor se mit en quête. Il passa trois jours à croiser dans ces quartiers excentriques où respirent les athlètes. Il y a pour cela des zones propices: le boulevard des Ternes, la Chapelle Saint-Denis, la Villette et tous les abords de la barrière des Vertus. Barbedor pouvait voyager sans boussole dans ces latitudes héroïques. Au bout de trois jours, il avait sa botte de bonshommes.—Alors, il entra en loge et produisit ce chef-d’œuvre que nous prenons la liberté de mettre sous les yeux du lecteur:

CHATEAU DE LA SAVATE

Établissement spécial pour tous les genres
d’adresse et de force
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