Puis elle demeura immobile, ramassée sur elle-même pour se réchauffer.

Un silence complet régnait dans la chambre; mais, par intervalles, des bruits tumultueux montaient de la salle de lutte. La pluie fouettait sourdement les carreaux.

Après un autre intervalle de deux minutes, l’alcool faisant son effet, un peu de sang revint aux joues de Flavie. Son regard ressuscita. Sa lèvre flétrie et froncée eut comme un sourire.

C’était une pensée gaie qui lui traversait la cervelle.

—Pauvre Garnier! fit-elle, si je voulais, il n’aurait rien... je partirais toute seule... Avec deux millions, en Allemagne ou en Italie, on fait grande figure... Mais pourquoi le frustrer? C’est un domestique qui ne coûte rien... La part qu’on lui donne, il est toujours temps de la reprendre... Ce serait folie que de briser cette tirelire vivante où je trouve toujours une poire pour la soif...

Le vent secoua les châssis de la croisée.

Flavie se retourna lentement et tout d’une pièce.

—Beau temps pour quitter Paris! murmura-t-elle; là-bas où je vais, le soleil est chaud et le ciel bleu... Ce misérable climat, vanté par la mode idiote, ne me convient plus. Il me faut la chaleur et la lumière...

Elle tendit vivement l’oreille. Sa face, un instant ranimée, changea de couleur.

—Les millions montent-ils? pensa-t-elle tout haut.