Flavie était, comme d’habitude, vêtue de noir, avec un voile épais sur le visage. En entrant dans la chambre, elle avait trouvé en tâtonnant les allumettes,—comme ces pauvres ouvrières qui reviennent chez elles, à la nuit, après leur journée achevée.

Elle connaissait les êtres. La lampe fut vite allumée, et la porte communiquant à l’établissement Barbedor fut fermée à double tour, avec accompagnement de verrous.

Flavie, avant de s’asseoir, alla prendre dans un placard une bouteille et un verre qu’elle posa sur la table.

Il faisait froid. Elle grelottait sous sa robe mouillée. La cheminée n’avait point de bois. Son regard fit le tour de la chambre pour en chercher; puis elle se laissa choir sur un siége, au-devant de la table en murmurant:

—Une demi-heure est bientôt passée!...

Elle releva son voile, et, prenant la bouteille d’un geste plein de fatigue, elle emplit son verre aux trois quarts.

C’était de l’eau-de-vie pure.

Son œil morne resta un instant fixé sur le verre.

Sa taille, sous les plis mouillés de son vêtement noir, semblait affaissée et comme racornie. La dentelle molle de son voile tombait droit, de chaque côté de ses joues amaigries. Elle était blême; sa tête s’inclinait sur sa poitrine creuse. Tout parlait de ruine dans cette femme. C’était, dans toute la force du terme, un être ravagé.

Au bout de deux ou trois minutes, elle avança la main et porta son verre plein à ses lèvres. Elle but d’un trait, mais avec effort, l’énorme quantité d’eau-de-vie qu’elle s’était versée.