Malebranche obéit et fit un rouge à l’œil du Malgache. La couleur de ce sauvage Monaldeschi ne permettait pas qu’on lui fît un noir. Il poussa un rauque hurlement. Les nègres n’aiment pas à être battus, malgré tout ce que disent les abolitionnistes. Il porta deux coups de boxe, de pied ferme; puis, voltant avec une prodigieuse rapidité, il posa la main droite par terre et lança son pied gauche à l’oreille de Malebranche.
Celui-ci se fâcha, malgré le célèbre nom de philosophe qu’il avait l’honneur de porter. Il se rua sur Mustapha et parvint à lui incommoder l’autre œil.
Alors, tous les deux y allèrent de bon cœur, à la grande joie des casquettes et même des chapeaux doublés de blanche soie. La lutte se fit sérieuse. Coups de poing et coups de pied plurent comme grêle. Le faubourien rugissait comme un lion; le nègre montrait en grinçant la double rangée de ses dents de crocodile. C’était horrible à voir.
Bravo! Convenons d’une chose. Il n’y avait que Barbedor pour donner des satisfactions pareilles à ce public d’élite. Les autres directeurs escamotent l’affiche; Barbedor, au contraire, allait au delà des promesses de l’affiche.
Quel homme! et que son souvenir est resté profondément gravé dans le cœur de ceux qui aiment les torgnoles sincères!
Eh bien, le croiriez-vous? pendant que cette belle partie avait lieu, pendant que ces deux hommes de talent s’assommaient loyalement et de bonne loi, Barbedor était distrait, Barbedor songeait, Barbedor n’aurait pas su dire lequel de Malebranche ou de Mustapha avait reçu le plus d’atouts.
Il s’appuyait, mélancolique, au montant de la porte du vestiaire.
Jean Lagard l’observait du coin de l’œil.
On eût dit que la préoccupation de son oncle le gagnait. Il était inquiet, et plus d’une fois déjà, depuis que la séance était commencée, ses collègues l’avaient entendu grommeler:
—Il y a anguille sous roche!