Il fallut la force publique pour remettre en place Niquet, Palaproie et le gamin. Encore, la force publique eût-elle échoué à rétablir le silence, si l’orchestre Soufflard, déchaîné à propos, n’eût fait pleuvoir tout à coup cette averse de notes offensantes qui stupéfie.—Un homme d’esprit, du temps de Louis-Philippe, avait inventé les pompes contre l’émeute. C’est usé désormais. Essayez à l’occasion l’orchestre Soufflard, et vous verrez la révolution détaler en se bouchant les oreilles.
—M. Faydenier, déclama cependant Barbedor,—contre M. Mélussart, pour un assaut de canne... La société est priée d’y donner toute son attention, M. Mélussart venant de Bruxelles, où il a récolté une riche moisson de succès, et M. Mélussart ayant eu l’avantage de se donner en spectacle à Son Altesse royale le fils aîné de l’empereur de Russie.
—Altesse impériale, rectifia le rapin.
—Royale ou impériale, vous, là-bas, la chemise de l’été passé, riposta Vaterlot,—c’est inférieur, vu que c’est tous les deux des hommes de talent, distingués dans leur partie.—Pas de musique, vu l’heure avancée!
Que dire d’une assemblée qui n’eût pas applaudi à ces chaleureuses paroles!
L’absence de la musique fut surtout appréciée.
M. Faydenier et M. Mélussart entrèrent en scène d’un air noble. Ils avaient tous deux cette belle tenue des hommes de l’art qui ont longtemps manié la trique, pour employer l’expression un peu familière du métier. Ils se campèrent sur les jarrets, une main à la hanche, et prirent tous deux la garde de quarte pour saluer.
Le salut de la canne est long. Les gens qui s’y connaissent le savourent comme un dilettante déguste une sonate de Beethoven.
Puis les masques furent mis, et nos deux champions tombèrent en garde de tierce. L’air coupé siffla. Les deux cannes, frappées tour à tour, résonnèrent. Le sol trembla sous les appels. Tête-bleu! M. Faydenier eut le flanc sanglé par un coup franc qui lui ôta la respiration; mais M. Mélussart reçut un plein coup de tête, suivi, à court intervalle, d’un coup de fouet qui lui trancha la cuisse...
Mais trêve aux comparses. Le souverain public est las de s’amuser aux bagatelles de la porte. Il a prononcé son arrêt: