—Je ne vous comprends pas, ma mère, fit Béatrice, dont la pauvre tête cherchait en vain à suivre le fil de ce raisonnement.
—Quand les brigands dépouillent un voyageur sur le grand chemin, dit Marguerite, s’ils l’épargnent, c’est qu’ils ont un masque sur le visage ou qu’ils espèrent n’être point connus... Dès qu’ils se voient reconnus, ils tuent...
C’est la logique même du crime. Un cri s’échappa de la poitrine de Béatrice: elle avait compris.
—S’ils avaient Maxence, continua Marguerite, ce ne serait entre eux qu’un marché!... mais, comme ils ne peuvent livrer l’objet du marché, il faut qu’ils frappent...
—Et vous restez là, vous, ma mère! s’écria Béatrice éperdue.
—J’ai fait ce que j’ai pu! murmura la petite bonne femme, dont la tête s’inclina sur sa poitrine; ils ont été avertis... par qui?... je l’ignore... Je croyais connaître le lieu de leurs réunions... Les rapports de nos gens contredisent mes renseignements, à moi, et je sens que le temps presse... Quelque chose me dit qu’à l’heure où je parle les événements marchent... Si je savais où diriger mes pas, ma fille, je courrais bien assez vite pour rattraper les événements; mais j’ai un bandeau sur les yeux... Tout me manque... j’ai perdu la piste...
Sa figure s’animait. Elle essuya la sueur de son front. Béatrice l’écoutait, oppressée et navrée.
—Je ne crois plus au rapport de nos hommes, poursuivait Marguerite; on a pu les acheter... Ils ont dit que Flavie et Clérambault avaient pris la route de Senlis, pour passer en Belgique... Selon eux, le rendez-vous est à Senlis, où madame de Mersanz doit les rejoindre... Le maréchal a dirigé la police sur Senlis, et peut-être...
Elle se leva tout à coup et dit:
—Je veux interroger Maxence.