—Si nous le sauvions et qu’il revînt à toi?... commença-t-elle.

—Ma mère, interrompit Béatrice, sauvez-le, et je vous devrai deux fois la vie.

—Ce n’est pas me répondre, dit Marguerite.

—Je vous ai répondu déjà bien des fois, ma mère... Achille et moi, nous sommes séparés pour jamais!

La petite bonne femme laissa tomber sur sa main son front pensif.

—Il faut que les mères veillent sur leurs enfants, pensa-t-elle tout haut; qu’est-ce que c’est qu’un père?... Si je ne l’avais jamais quittée, je l’aurais protégée contre son premier amour...

—Bonne mère, fit Béatrice, qui lui prit les deux mains, vous parliez d’un danger qui menace M. de Mersanz...

—Que fait Maxence? demanda Marguerite au lieu de répondre.

—Elle dormait quand je l’ai quittée.

—Je parlais d’un danger, reprit la petite bonne femme, parce qu’il porte sur lui une énorme somme et qu’il ne s’agit plus de mariage... On le trompe grossièrement; par conséquent, on doit se garer contre sa vengeance... Le stratagème employé ne peut pas l’abuser longtemps, il faut donc agir vite...