Les yeux du porte-étendard brillèrent sous la visière de son casque.

— C'est la plus belle ! répliqua-t-il avec emphase. C'était un homme de haute taille et de robuste apparence, qui portait comme il faut sa pesante armure. Sa figure eût été belle sans l'expression de brutale effronterie qui déparait son regard. Du reste, il se faisait tort à lui-même en disant qu'il commencerait à grisonner demain, car sa chevelure abondante et bouclée s'échappait de son casque en mèches plus noires que le jais.

Il pouvait avoir trente-cinq ans.

Aubry atteignait sa vingtième année.

Aubry était grand, et l'étroite cotte de mailles qui sonnait sur ses reins n'ôtait rien à la gracieuse souplesse de sa taille. Ses cheveux châtains, soyeux et doux tombaient en boucles molles sur ses épaules. Sa moustache naissait à peine, et la rude atmosphère des camps n'avait pas encore hâlé sa joue. Aubry était beau. Il avait le cœur d'un chevalier.

Méloir avait un père normand et une mère bretonne, Méloir ne valait pas beaucoup moins que le commun des hommes d'armes. La lance était légère comme une plume dans sa main. Quant à la chevalerie, ma foi ! Méloir ne s'en souciait pas plus que d'un gobelet vide.

Nous disons un gobelet d'étain. Il était brave parce que ses muscles étaient forts, et fidèle parce que son maître était puissant. En prononçant ces mots : C'est la plus belle, Méloir s'était retourné involontairement et son regard avait cherché dans la cavalcade le groupe de six jeunes filles qui suivait immédiatement le duc. Aubry fit comme lui.

Puis Aubry et lui se regardèrent.

— Elles sont six, dit Méloir, exprimant la pensée commune ; nous avons cinq chances contre une de ne pas nous rencontrer !

— Tu as dit que c'était la plus belle ! repartit Aubry à voix basse.