À l'entrée de la grève, douze guides prirent les devants pour sonder les lises et reconnaître les cours d'eau.
Le brouillard s'éclaircissait. Un coup de vent balaya les sables.
La cavalcade prit le trot, comme cela se fait sur les tangues, où la rapidité de la marche diminue toujours le danger.
Aubry de Kergariou et l'homme à la cotte d'hermine, qui se nommait Méloir, tenaient toujours la tête de la procession.
— …Si mon frère me gênait, dit Méloir, continuant une conversation à voix basse, mon frère serait mon ennemi. Et mes ennemis, je les tue. Le duc a bien fait !
— Tais-toi, cousin, tais-toi ! murmura Aubry scandalisé.
Les chevaux, lourdement équipés, hésitaient sur les sables mouvants de la Sée. Les guides crièrent :
— Au galop ! messeigneurs ! La cavalcade se lança et franchit l'obstacle. Méloir était toujours aux côtés d'Aubry de Kergariou.
— Moi, dit-il, j'ai le double de ton âge, mon cousin. On me traite toujours en jouvenceau, parce que j'aime trop les dés et le vin de Guienne. Mais demain mes cheveux vont grisonner ; je suis sage. Écoute : pour la dame de mes pensées, je ferais tout, excepté trahir mon seigneur, voilà ma morale !
— Elle est donc bien belle, ta dame, mon cousin Méloir ? demanda Aubry avec distraction.