Le cortège qui accompagnait François de Bretagne au monastère descendait la montagne lentement. Chacun était silencieux et morne.
Ces mots bizarres, prononcés par le grigou, coiffé de lambeaux : « Duc, que Dieu t'oublie ! » étaient dans la mémoire de tous.
Et tous remarquaient l'absence de Monsieur Hue de Maurever, écuyer du prince défunt, absence qui était d'autant plus inexplicable que les domaines de Maurever se trouvaient dans le voisinage immédiat de Pontorson, à quelques lieues d'Avranches.
Or, en ce monde, il y a presque toujours une clef pour les choses inexplicables.
Quand il s'agit de criminels ordinaires, cette clef se dépose sur la table d'un greffe. Des juges s'assemblent. On pend un homme.
Quand il s'agit des puissants de la terre, personne n'ose toucher à cette clef, et le mot de l'énigme reste enfoui dans les consciences.
Si l'escorte du duc François se taisait, ce n'était pas qu'on n'y eût rien à se dire. C'est que nul n'osait ouvrir la bouche sur le sujet qui occupait tous les esprits.
Une partie de la foule avait suivi le cortège ; la foule n'avait pas pour se taire les mêmes raisons que les hommes d'armes.
Et Dieu sait qu'elle s'occupait du riche duc pour son argent !
Il y en avait, dans la foule, qui prononçaient le mot sacrilège en parlant de ce somptueux pèlerinage.