— Où est le sire de Maurever ? Son absence était comme une accusation terrible. Contre qui ? Personne n'osait le dire ni peut-être le penser. Mais du sein de la foule, la voix du vieux païen normand s'éleva de nouveau aigre et moqueuse.
Le grigou disait :
— Que Dieu t'oublie, duc ! que Dieu t'oublie ! Le duc François eut le frisson sur sa selle. Reine, tremblante, avait serré son voile autour de son visage. François se redressa tout pâle, il fit signe à Montauban de prendre la place vide de Maurever, et le cortège passa au milieu des acclamations redoublées.
II. Deux porte-bannières.
Au sortir de la porte d'Avranches, ce fut un spectacle magique et comme il n'est donné d'en offrir qu'à ces rivages merveilleux.
Un brouillard blanc, opaque, cotonneux, estompé d'ombres comme les nuages du ciel, s'étendait aux pieds des pèlerins depuis le bas de la colline jusqu'à l'autre rive de la baie, où les maisons de Cancale se montraient au lointain perdu.
De ce brouillard, le Mont semblait surgir tout entier, resplendissant de la base au faîte, sous l'or ruisselant du soleil de juin.
Vous eussiez dit qu'il était bercé mollement dans son lit de nuées, cet édifice unique au monde ! et quand la brume s'agitait, baissant son niveau sous la pression d'un souffle de brise, vous eussiez dit que le colosse, grandi tout à coup, allait toucher du front la voûte bleue :
La ville de Saint-Michel, collée au roc et surmontant le mur d'enceinte, la plate-forme dominant la ville, la muraille du château couronnant la plate-forme, le château hardiment lancé par-dessus la muraille, l'église perchée sur le château, et sur l'église l'audacieux campanile égaré dans le ciel !
Mais il est des instants où l'œil s'arrête avec indifférence sur la plus splendide de toutes les féeries. On ne voit pas, parce que l'esprit est ailleurs.