La lune sortait des nuages. La grève s'illuminait. On pouvait voir la cavalcade du manoir de Saint-Jean qui allait ça et là au hasard, sur les tangues, tantôt s'éloignant, tantôt se rapprochant du Couesnon. Jeannin et celle qu'il poursuivait étaient déjà trop loin pour qu'il y eût pour eux grand danger d'être aperçus.

Ils couraient maintenant, à cinquante pas l'un de l'autre, sur un terrain uni comme une glace.

Et il n'y avait pas à dire, le petit Jeannin gagnait à vue d'œil.

Le pas de la fée était toujours léger et rapide, mais Jeannin, qui la dévorait des yeux, croyait découvrir déjà quelques symptômes de fatigue. Son courage en devenait double, et il se disait encore :

— Elle est à moi ! elle est à moi ! Il ne savait pas que les fées sont généralement d'un naturel assez moqueur. Simon Le Priol, qui était très fort sur les fées, aurait pu lui dire cela. Les fées se laissent approcher par le pauvre garçon qui les poursuit : elles l'encouragent par une fatigue feinte : elles l'amorcent : quand il va se lasser, elles trouvent moyen de le piquer au jeu.

Tant qu'il a un souffle, il court.

Puis, au moment où il croit saisir la fée, la fée s'envole en riant.

Et il tombe à plat ventre, suant et geignant.

Bien heureux si le lutin mignon ne l'a pas attiré dans quelque trou !

C'était un ignorant que ce petit Jeannin.