— Non pas, bonne fée ! s'écria Jeannin, vivement ; si je vous lâchais, vous vous changeriez en brouillard !

— Mais je puis me venger sur Simonnette. Jeannin frémit de tous ses membres.

— Voilà, par exemple, qui serait bien méchant de votre part ! murmura-t-il, car Simonnette ne vous a rien fait, la pauvre fille !

— Lâche-moi, te dis-je !

— Écoutez, bonne fée, une fois pour toutes, je ne vous lâcherai pas que vous ne m'ayez donné cinquante écus nantais. C'est dit.

La fée avait laissé tomber son panier sur le sable. L'escarcelle du chevalier Méloir était à sa ceinture.

Le petit Jeannin avait prononcé ces dernières paroles d'un ton respectueux, mais déterminé.

Il y eut un court silence, pendant lequel on n'entendit que le sifflement du vent du large et la trompe lointaine des cavaliers bretons qui se ralliaient dans la nuit.

— Ce vent annonce que la mer monte, n'est-ce pas ? demanda brusquement la fée.

— Oh ! dit Jeannin qui se mit à sourire ; vous connaissez les grèves aussi bien que moi, bonne dame… quoique je vous aie attrapée, ajouta-t-il, comme si une idée lui fût venue tout à coup, à la mare de Cayeu, qui n'arrêterait pas un enfant de huit ans. Enfin, n'importe ; ça vous amuse de faire l'ignorante. Oui, bonne fée, ce vent annonce que la mer monte.