Point d'efforts, point de luttes, point de montagnes chevelues, creusant leur ventre d'émeraude et jetant leur écume folle vers le ciel.
Pour peindre la grande mer et sa fureur, un peintre ne choisira certes jamais les alentours du Mont-Saint-Michel.
Mais qu'importe le mouvement, le fracas, la colère ? Les gens qui frappent froidement et en silence tuent tout aussi bien et mieux que si la rage les emportait.
Le mouvement désordonné, le fracas, les menaces, en un mot, sont des avertissements, tandis que la tranquillité attire et trompe.
Plus d'un parmi ceux qui sont morts sous les sables a dû sourire en voyant la mer monter entre Avranches et le Mont. Pourquoi prendre garde à ce lac bénin qui s'enfle peu à peu et qui vient vous caresser les pieds si doucement.
Ce lac bénin a de longs bras qu'il étend et referme derrière vous. Prenez garde !
Il était plus de deux heures de nuit lorsque la fée atteignit les roches noires qui forment la base du Mont-Saint-Michel.
La mer venait derrière elle. On l'entendait rouler de l'autre côté du Mont.
La fée s'assit sur un quartier de roc afin de reprendre haleine. Elle appuya ses deux mains contre sa poitrine pour comprimer les battements de son cœur.
De Saint-Jean-des-Grèves au Mont, il y a une grande lieue et demie. La fée, en parcourant cette distance, n'avait pas cessé un seul instant de courir.