Ce cachot avait été creusé, avec trois autres pareils, sous la plate-forme, par Nicolas Famigot, ancien prieur claustral et vingt-quatrième abbé de Saint-Michel. L'intérieur était tout roc. Le dessus de la porte avait un carré taillé au ciseau dans la pierre, avec la date : A. D. 1276.
Les ouvriers, en creusant cette cellule carrée dans le roc vif, avaient ménagé un petit cube de granit destiné à soutenir la tête du prisonnier.
À part cette attention, les quatre cachots étaient entièrement nus.
Ce fut quelques années plus tard seulement que Louis XI, le roi démocrate, s'arrêta émerveillé à la vue de ces prisons modèles, Louis XI savait les dangers de la guerre qu'il avait déclarée à ses grands vassaux. Il aimait les cachots bien établis. Le Mont-Saint-Michel lui plut au-delà de tout dire.
Il y revint et il utilisa du mieux qu'il put ces cachots si recommandables.
À l'époque où se passe notre histoire, aucun captif politique n'avait encore illustré les dessous du Mont-Saint-Michel. Ces cachots étaient bonnement le pénitentiaire du couvent. On y mettait des moines ou des vassaux de l'abbaye, il avait fallu la requête du duc François pour qu'Aubry de Kergariou y pût trouver place.
Par autre grâce spéciale, le frère gardien avait été autorisé à lui délivrer quatre bottes de paille : de sorte qu'Aubry était à son aise.
Au moment où la voix de Reine se fit entendre sur la petite saillie qui était sous la fenêtre-meurtrière, Aubry dormait, couché sur la paille. Mais le sommeil des captifs est léger. Il ne fallut qu'un appel pour mettre Aubry sur ses pieds.
D'un bond il atteignit l'appui de la meurtrière et s'y tint suspendu.
— Pauvre Aubry ! dit Reine. Et ils causèrent. Au bout de quelques minutes, la main droite d'Aubry qui tenait l'appui de la meurtrière lâcha prise, parce qu'elle commençait à s'engourdir ; ses pieds touchèrent le sol et rebondirent : sa main gauche saisit l'arête de granit et supporta tout le poids de son corps à son tour.