— Pauvre Aubry ! dit Reine, entre sa poitrine et votre dague il y a loin !
Aubry disparut, comme si cette observation, cruelle dans sa vérité, l'eût foudroyé.
Ce n'était que sa main droite qui se fatiguait.
Ces plongeons soudains du pauvre prisonnier mettaient le comble à la bizarrerie de cette scène, où la gaieté de deux cœurs vaillants et jeunes luttait presque victorieusement contre une profonde détresse.
Quand la tête d'Aubry se remontra, Reine vit qu'il secouait ses cheveux bouclés avec colère.
— Patience ! dit-il ; je sais que je ne suis bon à rien… Mais je payerai toutes nos dettes d'un seul coup, si Dieu le veut. Revenons à vous, Reine, vous parliez de la suite de ce coquin de Méloir…
— Je disais que leur nombre m'épouvante, Aubry, et j'allais ajouter que le secret de la retraite de mon père n'est plus à moi.
— Comment ! vous auriez confié…
— À vous seul, Aubry ! interrompit la jeune fille ; et si j'ai eu tort, ce n'est pas vous qui devez me le reprocher. Mais il y a deux nuits, en traversant la grève, j'ai vu qu'on me suivait. Je suis revenue sur mes pas ; j'ai fait tout ce que j'ai pu pour tromper cette surveillance… j'ai cru avoir réussi ; je me trompais : en mettant le pied sur le roc de Tombelène, j'ai revu la grande ombre maigre et difforme qui sortait du brouillard en même temps que moi…
— Vous avez reconnu l'espion ?