XV. À quand la noce ?
Le petit Jeannin était resté longtemps à regarder la fée courir sur le miroir des grèves.
Quand la fée disparut enfin dans l'ombre du Mont, le petit Jeannin sembla s'éveiller.
Il secoua sa jolie tête chevelue, pesa l'escarcelle, et fit une gambade. Sa joie s'enflait et grandissait à mesure qu'il marchait, le nez au vent et la tête fière, comme un homme opulent peut marcher. L'allégresse lui montait au cerveau. Il était ivre.
Tantôt il gesticulait follement, tantôt il entonnait à pleine gorge un noël appris à la paroisse de Cherrueix, tantôt encore il prenait son élan, touchait le sable de ses deux mains étendues, retombait sur ses pieds et poursuivait cet exercice durant des demi-lieues.
Quiconque a voyagé sur nos routes de l'Ouest a pu voir de jeunes citoyens exécuter ce naïf tour de force sous le poitrail des chevaux. Cela s'appelle faire la roue. Jeannin faisait la roue comme un dieu.
Quand il avait bien fait la roue, il rejetait en arrière la masse de ses cheveux qui l'aveuglait, et c'étaient des éclats de rire, des sauts, des cabrioles.
Il s'en donnait, il s'en donnait le petit Jeannin !
Puis tout à coup il mettait le poing sur la hanche, comme le hallebardier de la cathédrale de Dol. Il marchait à pas comptés. Voyez quel homme grand cela faisait !
Avec une soutanelle de laine brune au lieu de sa peau de mouton, il eût ressemblé à un clerc.