— Qu'a-t-il donc, ce petit gars-là ? demanda la métayère ; il a l'air tout affolé !
— Est-ce que tu es malade, petiot ? interrompit Simon avec bonté. Jeannin ne savait pas s'il était bien portant ou malade.
Sa langue était paralysée. Simon Le Priol et sa ménagère lui semblaient, en ce moment, plus imposants qu'un roi et une reine.
Il n'avait point préparé son discours. Tout à l'heure, cela lui paraissait si simple de dire en entrant :
— Bonjours à trétous, je viens pour épouser Simonnette. Maintenant il ne pouvait plus.
— Femme, dit Simon, il est tout pâle et il tremble les fièvres. Donne-lui une écuellée de cidre bien chaud pour lui recaler le cœur.
— Oh ! merci tout de même, murmura Jeannin ; mais dam, je n'ai point froid au cœur. Bien du contraire quoique l'écuellée de cidre ne soit pas de refus. Mais, je vais vous dire : faut que vous sachiez ça tous deux. Il m'est tombé un bonheur.
La porte grinça sur ses gonds. La mâchoire de maître Vincent Gueffès se montra sur le seuil. Ce fut dommage, car le petit Jeannin était lancé : il allait défiler son chapelet tout d'un coup. Vincent Gueffès tira la mèche de cheveux qui pendait sur son front. C'était sa manière de saluer. Puis il s'assit, dans le foyer, sur un billot. Il fit à Jeannin un signe de tête amical.
Depuis le matin, maître Vincent Gueffès ruminait pour trouver un moyen honnête de faire pendre le petit coquetier. Jeannin resta la bouche ouverte.
— Eh bien ! dit Fanchon, qu'est-ce que c'est que ce bonheur-là qui t'est tombé, mon petit gars ?