Sur le sol, il y avait une pierre recouverte avec de l'herbe arrachée aux maigres pâturages de Tombelène ; sur la pierre, un vieillard de haute taille était assis et dormait, sa grande épée entre les jambes.

Devant lui, deux meurtrières écorchées par les balles et les traits de toute sorte s'ouvraient. L'un commandait la grève, l'autre voyait le Mont-Saint-Michel.

Le vieillard, qui était monsieur Hue de Maurever, chevalier, seigneur du Roz, de l'Aumône et de Saint-Jean-des-Grèves, s'était adossé à la muraille même de la tour. Il avait la tête nue, et les reflets qui tombaient d'en haut mettaient des teintes argentées dans les masses de ses cheveux blancs. Sa longue barbe, blanche aussi, descendait sur sa poitrine.

Il dormait tout droit et semblait un bloc de pierre, tombé de la voûte, mais tombé debout.

Ou mieux encore, dans ces ténèbres vaguement éclairées, vous auriez cru voir la statue d'un chevalier, taillée dans le granit noir, et dont les contours supérieurs sortaient, blanchis par la neige.

C'était cette même nuit où nous avons suivi la course de la Fée des Grèves, depuis le manoir de Saint-Jean jusqu'à la prison d'Aubry de Kergariou, sous les fondements du monastère.

Le ciel était pur, et c'est à peine si un souffle d'air ridait la mer à son reflux.

On n'entendait aucun bruit, sinon le flot murmurant sur le sable du rivage.

Le sommeil du vieillard était tranquille.

Les heures de nuit passaient. Bientôt les reflets de la lune tournèrent et pâlirent. Le crépuscule du matin envoya ces lueurs livides qui creusent les joues et enfoncent l'œil dans l'ombre des orbites agrandies.