La figure du vieillard s'éclaira peu à peu.

Elle était belle, noble, austère.

Mais il y avait de la souffrance dans ces lignes fouillées profondément. Les traits étaient durs à force de maigreur. L'ombre des rides s'accusait, profonde.

Monsieur Hue de Maurever était âgé de soixante ans. Quatre ans auparavant, Gilles de Bretagne, son seigneur, l'avait exilé de sa présence, pour conseils inopportuns et remontrances trop sévères ; car monsieur Hue avait essayé maintes fois d'arrêter le jeune et malheureux prince sur cette pente de débauches et d'intrigues politiques qui devaient servir de prétexte à son frère.

L'arrestation de Gilles de Bretagne fut, en effet, bien regardée d'abord par le peuple.

Monsieur Hue, dès qu'il sut le prince enfermé, revint à lui sans ordres. Il lui servit d'écuyer dans les diverses prisons où la haine de François poursuivit le malheureux jeune homme, et ne le quitta que contraint par la force, au moment où Gilles franchissait le seuil funeste du château de la Hardouinays.

Hue de Maurever était un Breton de la vieille souche : dur et fidèle comme l'acier.

Dans cette retraite qu'il s'était choisie pour fuir la vengeance de François, il n'y avait rien, ni meubles, ni vivres.

Une cruche sans eau et une croix qu'il avait fabriquée lui-même avec deux morceaux de bois, voilà quelles étaient ses richesses.

Au moment où le crépuscule du matin commençait à dessiner les objets au dehors, Hue de Maurever se réveilla en sursaut et serra son épée.